Mathilde, infirmière.

« Bonjour, je suis Mathilde l’infirmière qui va s’occuper de vous aujourd’hui. »

Déjà un an que je commence mes journées de cette façon vis à vie de mes patients – en tout cas vis à vie de ceux qui sont capable d’entendre cette phrase.

Déjà un an que je travaille en réanimation neuro-chirurgicale.

Déjà un an qu’un article brouillon est enregistré sur mon blog quant à ce thème, être infirmière.

Aujourd’hui j’ai besoin de l’écrire car je ne sais pas trop où je vais. Je me pose beaucoup de questions sur mon avenir professionnel et à la place que je peux occuper pendant les années à venir.

Je ne vous parlerai pas de la condition infirmière et de ce pourquoi on se bat depuis plusieurs années. Je ne rentrerai pas dans ce sujet car je ne pense pas avoir assez d’expérience pour le faire ainsi que de pouvoir débattre.

J’aborderai uniquement mes impressions, mes désillusions et mes angoisses…

 

J’ai toujours voulu travailler dans le domaine de la santé. En même temps j’ai été bercé dans cet univers. Une grand-mère aide-soignante, une maman aussi et un papa kinésithérapeute. Tous ont travaillé à l’hôpital et tous avaient des anecdotes incroyables à raconter. Comment ce patient s’est retrouvé tétraplégique ? Qu’est-ce que la tétraplégie ? C’est quoi la différence avec l’hémiplégie et la paraplégie ? Comment maman a fait face au décès d’une patiente si gentille ? Comment on doit faire un massage cardiaque ? Et si je me brûle, qu’est-ce que je dois faire ? Et la différence entre un doliprane et un efferalgan ? Et pourquoi on entend « TA-ta » quand le cœur bat ?

J’ai aussi toujours voulu apprendre à « guérir les bobos » – c’est ce que je disais petite : « papa, je dois mettre quoi dessus ? ».

Aujourd’hui j’ai appris. Trois ans de formation pour être infirmière. Trois ans pour nous « formater », pour savoir tout faire. Et en même temps rien ! Compétences ils disent. Trois ans de formation qui comprennent cours de fac, cours à l’école d’infirmière (IFSI) et stages en milieux paramédical (hôpitaux ou extra-hospitaliers). Les premières semaines de cours étaient géniales. De la biologie, des sciences, de la pharmacologie – tout ce que j’aimais !

Premier lieu de stage : maison de retraite – bon c’est le premier, faut pas se plaindre on passe tous par là.

Le deuxième, puis le troisième, puis le quatrième. J’adorai et je détestais à la fois. J’adorai le milieu médical, prendre soin du patient, apprendre des soins techniques, relationnels et acquérir des connaissances sur le corps humain. Sur nous, sur moi. Mais c’est, aussi, dans ce domaine que j’ai découvert les personnes les moins humaines de la Terre.

Il parait que c’est partout comme ça, que c’est un milieu de filles. Ah bon ? – bon d’accord.

Mais aujourd’hui ça ne me plait plus.

Je n’aime plus me dire que je suis « sado » à me lever à 4h50 du matin pour courir toute la journée. Etre en permanence fatiguée à cause des décalages d’horaires entre le matin et l’après-midi. Ne pas souvent avoir le temps de manger ou d’aller aux toilettes pendant 7h30. Je n’aime plus être face à des patients en train de lutter contre leurs maux, dans le coma, branchés au respirateur. Je ne veux plus avoir l’impression d’être pointée du doigt quand j’oublie de dire ou faire quelque chose (qui ne va évidemment jamais à l’encontre du bien-être du patient). Je ne veux plus entendre parler sur qui a dit ça sur l’autre. Parce que ça ne m’intéresse pas.

Tant que je resterai dans le service où je travaille je ferai tout ce qu’il est en mon possible pour prendre soin de mes patients. D’être la plus attentive possible à leur état de santé et à leur évolution. Je veux continuer à voir des patients s’en sortir.  Mais je pense avoir besoin d’un autre aspect du soin. Enfin je pense.

Le stage que j’ai préféré de toute ma formation infirmière est le stage en cabinet infirmier libéral. Rien à voir avec le domaine hospitalier. Et aujourd’hui j’ai besoin de ça. Enfin je pense.

C’est le stage où je me suis sentie la plus épanouie et où j’ai appris le plus de choses sur la « bobologie quotidienne », les pansements et travailler chez/pour le patient. Créer des liens, une relation de confiance avec le patient. Etre contente d’arriver au dernier rendez-vous car le patient n’a plus besoin de nous. Ou qu’il reviendra pour son ami ou son enfant. Avoir été efficace. Des fois, il a besoin de nous plus de temps. Pour une raison X ou Y. Ou alors on a échoué. Mais je veux continuer à réussir ou à échouer dans ce milieu. Alors évidemment tous les patients ne seront pas des hôtes de renommée. Il y aura des gens qui vivront dans une précarité sans nom où le soin stérile devra se faire dans un bazar et saleté sans nom, des maisons irrespirables par leur insalubrité, des patients vivant sur une autre planète que la mienne, des patients connards et j’en passe. Et puis il y aura les papiers, être plus organisée que jamais, réussir à faire face l’URSSAF, comprendre ce que prend ou ne prend pas la partie mutuelle – je ne m’y ferai jamais à cette chose…

Mais avant, je pense tester l’HAD. L’hospitalisation à domicile. La différence : éviter un séjour à l’hôpital quand les soins peuvent être réalisés par un infirmier rattaché à l’hôpital qui se déplacera à votre domicile. C’est sur prescription du médecin hospitalier.

Le problème ? Pas de permis – oui je sais, il serait temps ! Et puis si je prenais plus de temps pour le passer ? Et si, je faisais une pause ? Et si je me mettais en « dispo » comme on dit à l’hôpital ? Ça veut dire : être en pause de l’hôpital où on travaille et revenir après un certain temps.

Et si je m’essayais quelques mois à travailler à temps pleins sur Instagram et sur le blog ? Et si j’osais …

Pourquoi pas ? J’ai de plus en plus de petits contrats mais souvent des propositions que je dois décliner à cause de mon travail à l’hôpital. Ça peut être une expérience ?

Sauf que tout de suite revient le : « mais si ça ne marche pas ?! »

Mais à prêt tout, j’ai un diplôme. Je ne serai pas sans rien. D’ici là, j’aurai mon permis ? J’aurai peut-être fait des vacations en tant qu’intérimaire par ci, par là.

Et j’aurai fais deux ans. Les deux nécessaires avant de pouvoir exercer en libéral après l’obtention du diplôme.

Ce n’est pas évident de prendre une décision, de quitter sa zone de confort. Puisque j’essaie de me dire : qu’au fond je ne suis pas si mal…

 

 

Et vous, vous avez déjà osé, pris des risques sur votre situation professionnelle ?

 

 

 

 

9 commentaires sur « Mathilde, infirmière. »

  1. Bonjour,
    Premier commentaire sur un blog, de toute ma vie. Mais en même temps, cela me fait tellement écho… J’ai ressenti tout ça, en réa oncologie, ce dont je « rêvais » à la base. 5 ans d’expérience et un épuisement moral pour ce travail d’équipe qui n’est qu’un panier de crabe, un nid à ragots, où l’on perd le sens même de notre métier.
    J’ai quitté mon service sur 2 mois d’arrêt, un jour : plus possible de revenir.
    Je savais qu’il me restait une seule chose à faire : partir en libéral, soit ça me plaisait et je retrouvais mon amour de ce métier, ce pourquoi j’étais infirmière, soit il me fallait radicalement changer de voie. Sinon j’allais me perdre, moi, à coup d’horaires, de remarques, de difficile organisation face aux soins, face à l’humain.
    Ça va faire 3 ans que je suis infirmière libérale, 2 ans de rempla, un peu plus de 6 mois de collaboration,
    J’ai eu peur, j’ai trimé. J’ai appris.
    Aujourd’hui je suis fière de moi, de mes choix. Je suis moi dans la relation au patient et m’organise moi même, sans la pression d’un tiers. Et les personnes que je rencontre au quotidien me renvoient combien j’aime ce que je fais !
    Tous les jours je mesure ma chance ! Et je me remercie d’avoir essayé ce métier sous une autre forme.
    Courage, saute le pas. Le meilleur est dans ce qu’on choisit de donner, dans cette relation privilégiée avec le patient, à deux.
    Courage.

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    1. Merci beaucoup pour ce commentaire. Rien de plus motivant mais aussi désolée pour ce qu’il s’est passé dans ton précédent service. C’est un plaisir d’être le premier blog sur lequel tu commentes. Je te souhaite pleins de bonnes choses dans la suite de ta carrière. Encore merci pour ces mots qui font du bien !

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  2. Après 3 ans à l’hôpital je vais poser une dispo pour être plus libre et faire mon métier en intérim ou vacations, avec un revenu plus digne et des horaires plus « normales » . Pas d’implication dans les cancaneries de services (moi non plus ça ne m’intéresse pas!). Je n’en peux plus de l’hôpital, des conditions, du stress permanent pour un salaire misérable. Si j’ai un conseil: vas-y fonce fais ce que tu as envie de faire, on a qu’une seule vie pour avoir des regrets. Tu as le diplôme tu pourras toujours revenir vers ce métier si cela te manques… ou pas! 😉

    Bon courage !

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  3. Bonjour, tout savoirs merci pour cet article à cœur ouvert! Je te suis seulement depuis quelque minutes (merci @goldenblog!!) mais j’aime la façon que tu as d’aborder les choses! Jeune DE moi aussi (2 ans bientôt quand même!) je partage à moitié ton point de vide…! Je mexplique! Oui il m’arrive de ne pas pouvoir me poser, ni aller au toilette. Oui il m’arrive de ne pas être en accord avec les PEC du service, oui c’est compliqué de ne pas pouvoir « soigner » les maux de tous, oui on est prise pour des c***** (rappelé sur ses jours de repos, aider dans d’autres services, faire des heures en plus, etc), oui nous avons de « grandes » responsabilités et elles ne sont pas reconnue, oui notre rythme est il faut se le dire à c**** et ne nous aide pas à faire les choses comme il faut! Malgré tout je pense vraiment que l’équipe avec laquelle nous collaborons (médecins, IDE, AS, etc) permet de se sentir mieux et plus utile dans son travail. J’ai eu l’immense chance de tomber sur une équipe de jeunes infirmières qui avaient été à ma place quelques mois/années plutôt et qui m’ont épaulées! Aujourd’hui après deux ans dans le service cette entraide est toujours présente et le permet d’aller au travail tous les jours avec le sourir!
    Je peux malgré tout comprendre ton envie de changer et de te gérer en partant dans le libéral: plus de liberté, moins de pression, plus de partage, etc etc. C’est je pense une expérience à tenter! Et comme tu le dis même si tu dois prendre du temps pour toi afin d’y arriver tu as un diplôme et tu retrouvera toujours du travail dans notre domaine!

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  4. Ôn connait tous ça a un moment je pense 3 ans de diplome quasi 3 ans de service comme l’impression d’avoir fait le tour de ne plus supporter le  » poid des anciennes » les humeurs des cadres les rumeurs de l’hosto .. Alors deux choix rester dans la sécurité de ce que l’on a acquis à force d’effort ou partir vers autre chose ( ne serait ce qu’un autre service) et tester cette fameuse qualite qu’est la polyvalence et l’adaptabilité. C’est aussi mon dilemne en ce moment et comme j’aime beaucoup le voyage j’irais bien « voir ailleurs et tester de nouveaux horizons »..

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  5. Bonjour,
    J’ai l’impression que cet épuisement, ces peurs ou cette lassitude, font partis de ma vie depuis presque 3ans.
    Je bossais moi aussi à l’hôpital mais j’ai décidé de partir pour me rapprocher de mon conjoint. Ça a été un soulagement, un nouveau départ.
    Donc voilà, Je suis intérimaire maintenant. Mais je me rends compte que peu importe le lieu où on va bosser, on trouve des difficultés. Plus ou moins grandes certes. Mais j’appréhende d’aller bosser. Être infirmière j’ai l’impression que c’est un idéal. Et comme dans tout idéal, il y a une réalité tellement troublante et décevante.
    Je crois que je suis dans le même genre de questionnement que toi.. Que faire ?
    En suis-je sûre ?
    Bon courage pour la suite

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  6. Bonjour Mathilde !
    Tout d’abord ton article est super, ça fait du bien de savoir qu’on est pas seules à avoir des appréhensions.. 1 an tout comme toi, je commençais déjà le métier avec une boule au ventre. « C’est le début, c’est normal, ça va passer avec le temps et l’expérience », malheureusement ce mal etre ne s’en est jamais allé. Je n’ai travaillé qu’en service également, et malgré tout j’aime tellement ce contact avec le patient, je ne me vois absolument pas faire autre chose. Alors c’est vrai que le libéral, pourquoi pas.. Merci car tu me permets de me poser de nouvelles questions en cette période de gros doute. Le tout c’est de sauter le pas au moins pour essayer, alors je te souhaite vraiment d’y arriver ! Essayons de se dire qu’il ne faut pas trop se prendre la tête et qu’il y aura toujours des solutions au bout du chemin !
    Belle journée à toi

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  7. Enfin ! Qu’est ce que cela fait du bien de pouvoir lire cet article …merci, comme toi je suis diplômée depuis maintenant deux ans et je commence à être épuisée de ce travail si prenant ! Je les connais ces fameuses journées où tu te lèves à 5h du matin pour courir sans cesse entre les soins sans avoir le temps de manger ou d’aller aux wC, mais où tu es là à garder le sourire pour prendre soin au mieux de tes patients. Devoir donner de soi un peu plus chaque jour et ne pas recevoir autant, car oui la reconnaissance des patients est une vraie satisfaction mais le système nous plombe tellement derrière qu’il est compliqué de n’en tirer que du positif. Bref si cela peut te rassurer je pense que nous sommes plusieurs dans la même situation et si je peux me permettre de te donner un conseil c’est de foncer, passe le permis, prends du temps pour toi, car notre diplôme sera toujours valable dans plusieurs mois quand tu sauras quelle direction prendre… en plus tu as un vrai plus avec Instagram, saisis ta chance de faire ce que tu aimes pleinement ! Je me pose sans cesse les mêmes questions que toi, je pense que l’on devrait simplement profiter de la vie, oser et voir par la suite.. même si c’est plus facile à dire qu’à faire ahah ! L’inconnu fait souvent très peur.. En tout cas bon courage pour la suite, des bisous 😘

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  8. 3 ans de diplôme et ce même constat : la désillusion. L’envie de bien faire mais la pression au quotidien. Aller plus vite, faire plus de choses avec toujours moins de moyens, moins de personnels. Et l’humain dans tout ça ?
    Devenir infirmière était un rêve de gamine. J’y suis arrivée. J’aime mon métier par dessus tout mais je n’aime pas ce qu’il est devenu. Triste constat en seulement 3 ans de diplôme.
    Prendre soin des autres, oui, mais nous dans tout ça ? Écouter les autres mais ne pas s’écouter soi.
    Aujourd’hui, après 3 années en tant que remplaçante, de jour, de nuit, 7h, 12h, pas de vacances, rappelée sans cesse sur les repos… Je suis épuisée. Je doute.
    Alors tout comme toi je me raccroche à cette envie de faire du domicile.
    Parce que si j’ai voulu devenir infirmière ce n’est pas pour rien. J’aime aider les gens, j’aime les écouter, prendre soin d’eux. Et je ne veux pas laisser les politiques gagner cette bataille.
    Je vais me battre et je vais continuer d’exercer.
    De toute facon, qu’est ce que je ferai d’autre ?
    Alors prends le temps qu’il te faudra mais tu sais ce que tu vaut. Rappelle -toi pourquoi tu as un jour pris la décision de « prendre soin ».

    Je n’ai pas pour habitude de commenter, mais ton article m’a particulièrement touché. Alors, merci !

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